À partir d’aujourd’hui, le n° 26 mondial écrit pour nous. Un récit à la première personne sur la vie d’un joueur de tennis professionnel, entre rêves, angoisses et expériences uniques sur et en dehors du court. On commence par l’intersaison
En cette période faste du tennis italien, nous avons la chance de pouvoir compter sur plusieurs joueurs de haut niveau aux côtés du roi Jannik Sinner. Des athlètes, des jeunes qui ont beaucoup à raconter. Comme Luciano Darderi, 23 ans, numéro 26 mondial : Argentin de naissance, mais Italien de formation. Il sort d’une saison exceptionnelle, avec le meilleur classement de sa carrière et trois titres ATP. Nous lui avons demandé de nous raconter sa vie sur le circuit, il a accepté et, à partir d’aujourd’hui, il tiendra son journal pour nous.
Lors du dîner de gala de la Tennis Premier League, en Inde, je fais la connaissance d’Alekh, le commentateur du tournoi. Je le félicite pour la chemise qu’il porte, avec son col Nehru typique, et c’est à partir de ce moment-là qu’une amitié naît. Le jour du départ, je reçois en cadeau cette même chemise, accompagnée d’un très beau message. Un geste simple, posé par une personne qui a moins de moyens financiers que moi, mais d’une immense générosité. Je me promets de lui apporter un cadeau la prochaine fois, en signe de gratitude. Ce sont des situations qui vous marquent, des souvenirs que l’on garde à jamais dans son cœur. Et c’est agréable de les partager dans un journal avec les lecteurs de Sports Predictions : une idée fascinante que j’ai saisie au vol.
Pour moi, l’intersaison est placée sous le signe du voyage. De l’Europe à l’Argentine, où je passe deux semaines avec ma mère et ma famille. Des journées simples, faites de détente et d’affection, qui culminent avec un match de charité à La Plata. Puis, de nouveau, la valise prête. Un vol interminable de Buenos Aires vers l’Inde, avec une escale à São Paulo, puis à Dubaï et enfin à Ahmedabad. Vingt-quatre heures d’avion, avec la crainte de rater ma correspondance à cause de la grève des pilotes d’IndiGo et de rester bloqué à Dubaï. Ce n’est qu’au dernier moment que je comprends que je vais pouvoir partir. Le tennis, souvent, commence bien avant d’entrer sur le court. L’Inde me frappe immédiatement. Un pays fascinant et extrêmement dur à la fois : tant de pauvreté, tant de misère, mais aussi tant de luxe. Un monde qui vit constamment en contradiction avec lui-même. Ahmedabad, la ville qui m’accueille, est immense.

J’arrive à neuf heures du matin, je dors trois heures dans ma chambre, puis je prends un déjeuner rapide et je me rends immédiatement sur le court. La Tennis Premier League est une expérience intense. La première journée de matchs commence par un petit-déjeuner tous ensemble, avec de la musique indienne en fond sonore et une ambiance vraiment particulière. Entraînement le matin : une heure et demie d’athlétisme, deux heures de tennis. L’après-midi, les matchs. Je remporte le simple et le double mixte. Le soir, dîner avec les sponsors et les organisateurs : une participation incroyable, un véritable engagement. En Inde, on sent l’envie de pratiquer le tennis de haut niveau, le désir de progresser, de se rapprocher des grands événements du circuit.

Mais tout ne se passe pas sans accroc. Au déjeuner, je commets l’erreur la plus classique : du poulet tikka masala, très épicé. Résultat ? Je finis cloué au lit avec un mal de ventre atroce et un match à disputer quelques heures plus tard contre le Français Muller. Je tiens à peine debout. J’appelle mon manager, Luca Del Federico, qui se précipite pour m’apporter un antidiarrhéique afin d’essayer de me remettre sur pied. J’entre quand même sur le terrain, mais je perds. Une chose est claire : éviter la nourriture épicée est pratiquement impossible. À partir de ce soir-là, j’adopte un régime strict jusqu’à la fin du tournoi : poulet grillé et riz. Le matin, j’ai un peu plus de choix, avec des omelettes, des avocats et du pain complet. Uniquement de l’eau en bouteille scellée. Le tournoi s’achève en demi-finale, face à l’équipe la plus forte, celle qui remportera finalement le tournoi. Je pars avec le sentiment d’avoir vécu quelque chose d’extraordinaire. L’Inde vous frappe par ses contrastes, mais surtout par la générosité de ses habitants. Une semaine faite d’émotions et d’images que je sais déjà que je n’oublierai pas. Dhanyavaad India, merci l’Inde.

C’est pendant le voyage de retour que les réflexions surgissent. Je réfléchis au planning des semaines à venir, à l’organisation, à la meilleure façon de gérer les entraînements, les tournois et les déplacements. Puis je termine la première saison de la série télévisée argentine En el barro, sur Netflix. En dehors du court, je ne suis pas quelqu’un de solitaire, j’aime être entouré d’amis. Il faut un peu de légèreté, car on ne peut pas penser uniquement au tennis. Même si le tennis, au final, reste toujours là, au centre de tout. Je retourne à Dubaï, où je vis depuis plus d’un an et où je resterai jusqu’à la semaine précédant Auckland, le premier tournoi de la saison. C’est ici que recommence le vrai travail, celui qui se fait en silence. À Giuliano Basile, entraîneur adjoint, et Federico Berruezo, préparateur physique, s’ajoute le kinésithérapeute Marcello Marini. Mon père Gino, lui, n’est pas là : ces jours-ci, il s’occupe de mon petit frère, Vito. Je m’entraîne également avec Jannik Sinner. C’est un garçon de peu de mots, mais de beaucoup de substance. Rien que de l’entraînement et de l’effort. La dernière fois, c’était pendant Roland-Garros. Par rapport au niveau des matchs en Inde, c’est tout autre chose. La puissance de la balle et la continuité dans les échanges font toute la différence. J’avais l’impression d’être dans un vaisseau spatial parti de la Terre et atterri sur Mars. Oui, Jannik est un Martien.

Ce sont des tests qui me sont extrêmement utiles pour comprendre ce qui me manque pour passer au niveau supérieur. Au cours de l’année dernière, je suis entré dans le top 30 mondial ; l’objectif pour 2026 est d’intégrer le top 20. Ce n’est pas une obsession, mais une orientation précise. Je sais que le tennis est un sport qui exige d’énormes sacrifices, et j’en suis pleinement conscient. Mais je ne suis pas du genre à reculer. S’il faut courir un marathon tous les jours pour être parmi les meilleurs, je le fais. S’il faut gravir une montagne, je la gravis. C’est ma nature. La saison est sur le point de commencer. Toujours en mouvement, toujours en déplacement, toujours prêt à vivre de nouvelles expériences. Avec un seul objectif en tête : donner le meilleur de moi-même, chaque jour.