L’ancien attaquant nerazzurro analyse la situation actuelle de l’équipe depuis la Californie : « El Toro est une bénédiction, jamais un problème. Et laissez Pio Esposito faire des erreurs »

Depuis la Californie, assis tranquillement à la table d’un café (rigoureusement italien) alors que la température avoisine les 24 °C, Jürgen Klinsmann semble très loin du vent glacial madrilène qui a balayé son Inter mercredi soir. Au téléphone, l’ancienne star allemande des Nerazzurri a toutefois immédiatement fait part de ses prévisions météorologiques optimistes : « Le soleil brillera très bientôt aussi sur l’équipe de Cristian Chivu, de l’entraîneur au capitaine, ce qui ne fait aucun doute. »

D’accord, Klinsmann, mais sur le terrain, c’est toujours la même histoire : l’Inter joue bien, mais…

« J’ai regardé le derby dans son intégralité, j’ai rattrapé le match de Madrid plus tard, car je commentais sur ESPN Arsenal-Bayern et PSG-Tottenham. Il me semble que, résultats mis à part, l’équipe est bien en place, à tous les niveaux. Elle a les idées claires sur la manière dont elle veut attaquer avec beaucoup de joueurs. Le match contre l’Atlético n’était pas si différent de celui contre le Milan : l’Inter joue presque toujours mieux que son adversaire, se crée des occasions, les gâche, mais encaisse un but dès la première contre-attaque ou, pire encore, sur un coup de pied arrêté ».

Mais est-ce vraiment une simple coïncidence ?

« Nous sommes toujours là, tout se résume à une question de mental et il est temps maintenant de réagir. Ce n’est pas un problème de qualité des joueurs, d’entraînement ou de tactique : pour moi, tout se résume à de petits détails mentaux. À certains moments, surtout sur les coups de pied arrêtés, il faut être assez agressif et concentré : si tu te laisses distraire au moment crucial, tu perds des matchs comme au Metropolitano ».

Ton ancien coéquipier Aldo Serena, en commentant le but encaissé par l’Atlético dans le temps additionnel, a déclaré que des avant-centres comme vous auraient fait un malheur face à la défense en zone de Chivu.

« Aldo a raison, la défense en zone « invite » un peu l’attaquant, qui arrive par derrière et surprend son adversaire, mais cela ne peut pas être la seule et unique explication du but. Là encore, le problème tient davantage à la mentalité qu’au système : si vous défendez en zone mais que vos défenseurs se déplacent, anticipent, vont chercher le ballon, surveillent l’adversaire dans leur zone, vous pouvez tout de même faire un excellent travail sans prendre de risques ».

La manière de jouer a toutefois nettement changé : cela vous plaît-il ?

« Je vois une équipe beaucoup plus agressive, proactive, en un mot… moderne. Surtout avec ce pressing, il faut être vif pour anticiper chaque situation si l’on ne veut pas concéder d’occasions. C’est vrai qu’on peut prendre des risques, comme c’est le cas actuellement, mais l’Inter est en pleine transformation : l’entraîneur inculque aux joueurs la conviction qu’ils peuvent contrôler les matchs en jouant ainsi. L’équilibre, on le trouve avec le temps, pas en quelques mois, quand on aura trouvé le moyen de se replier rapidement en cas de perte de balle ».

Comment évaluez-vous, en tout cas, ces derniers mois sous la houlette de Chivu ?

« Très, très positivement. On voit qu’il est en train de construire quelque chose de grand, mais il ne faut pas l’évaluer à l’aune du nombre de défaites, même si cinq peuvent sembler beaucoup. Le classement de la Série A montre que le sommet est proche, celui de la Ligue des champions indique qu’on peut tranquillement se hisser parmi les huit premiers. Ce n’est pas si mal… J’apprécie surtout la façon dont Chivu sait être direct : il ne cherche pas à plaire, il dit ce qu’il pense. Même quand les choses vont mal, il reste le même, il ne renonce pas à l’idée que l’équipe doit prendre du plaisir. »

Mais êtes-vous convaincu que l’Italie soit prête à comprendre ce genre de discours ?

« Ce n’est pas un manque de combativité, mais de la lucidité et de la profondeur de réflexion. Évidemment, en l’absence de résultats, les joueurs doivent eux aussi assumer leurs responsabilités lorsqu’ils ratent des occasions devant le but ou commettent de graves erreurs défensives. Chivu, cependant, va au-delà de cette culture italienne selon laquelle on joue davantage pour éviter la défaite que pour remporter la victoire. Il vise le succès et reste fidèle à un style offensif et enjoué. Autre chose que j’apprécie : il n’a pas peur de faire jouer les jeunes : Lennart Karl, le joueur de 17 ans du Bayern qui a marqué contre Arsenal, aurait tout au plus été prêté en Italie. »

En parlant de jeunes, l’heure de Pio a-t-elle sonné, même s’il a perdu le ballon à Madrid qui a donné lieu au but de l’Atlético ?

« Qu’il se trompe, mais surtout, qu’il joue. Il est évident qu’il possède un talent et un physique incroyables, mais c’est le moment où il ne doit être freiné par rien ni personne. Je vois que Chivu continue de lui donner sa chance et j’espère que ce sera de plus en plus le cas, même si la concurrence est rude, à commencer par Lautaro ».

L’Argentin, cependant, est toujours en dents de scie.

« Je sais bien ce que l’on ressent quand on se donne à fond et que le ballon ne rentre pas. Cela lui est arrivé lors du derby et en Ligue des champions, où il a été remplacé en cours de match. Cela peut paraître étrange, vu qu’il s’agit de l’emblème de l’équipe, mais c’est aussi le signe que Chivu ne fait pas de favoritisme. Il est normal qu’il soit en colère après un remplacement, mais les mots « problème » et « Lautaro » ne peuvent pas figurer dans la même phrase. Il faut repartir de lui, puis ce sera à Thuram, mais aussi à Bonny et Pio, de le décharger de ses responsabilités. Peut-être en ressent-il trop, mais c’est une bénédiction pour l’Inter ».

Au sein de cette défense qui s’éteint parfois, son compatriote Bisseck monte en puissance : réussira-t-il à se qualifier pour la Coupe du monde ?

« Je l’espère, il a tout pour jouer en équipe nationale et être titulaire à l’Inter. D’ailleurs, maintenant que Dumfries est absent, pourquoi ne pas l’utiliser également comme ailier ? Avec cette vitesse et ce rythme, quels problèmes pourrait-il bien rencontrer ? ».

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