L’attaquant en utilisait un très différent des autres protections que l’on voit sur la tête des footballeurs, comme l’expliquent le docteur Zenga et le professeur Garbossa
On ne parle plus de Jean-Philippe Mateta qu’en termes de marché : d’abord la Juve, maintenant le Milan, nombreux sont ceux qui aimeraient recruter l’attaquant de Crystal Palace. Il y a un peu moins d’un an, cependant, Mateta a risqué sa carrière et son oreille à cause d’une intervention folle de Liam Roberts, le gardien de but de Milwall. C’était le 1er mars 2025 : un coup de crampon très violent, une oreille pratiquement détruite (« Le médecin qui m’a opéré n’a pas voulu me montrer les photos pour que je ne les garde pas en tête, il n’y avait pratiquement plus d’oreille », a raconté l’attaquant), une intervention chirurgicale pour la reconstruire, 25 points de suture et beaucoup, beaucoup de peur, d’autant plus qu’un tel coup aurait pu lui faire perdre son oreille et peut-être même mettre fin à sa carrière, si les crampons avaient atteint son visage : « Je sentais qu’elle pendait. Tout était ouvert et coupé. C’était fou, mon réflexe de l’esquiver au dernier moment m’a sauvé ».
C’est précisément pour cette raison que Mateta est revenu sur le terrain avec un casque particulier : pas celui typique des rugbymen, également utilisé par Petr Cech et Christian Chivu il y a quelques années, mais une protection spéciale plus proche de celle des joueurs de water-polo, spécifique à la zone de l’oreille. Comme l’explique le docteur Francesco Zenga, neurochirurgien et directeur du service de chirurgie de la base du crâne et de l’hypophyse de l’hôpital Le Molinette de Turin, « plus qu’un casque « classique », utilisé pour se protéger des traumatismes crâniens, il s’agit d’une véritable protection pour l’oreille touchée par la blessure. Il s’agit d’ailleurs d’une protection moulée à la forme exacte de l’oreille du footballeur, spécialement conçue pour la protéger compte tenu du coup qu’il avait reçu : il avait déjà risqué de perdre son oreille, et un nouveau coup sur la structure lésée aurait pu aggraver encore le pronostic. À première vue, elle ressemble à une protection en néoprène, un matériau « moulé » et protecteur qui doit être souple afin de permettre au footballeur de descendre sur le terrain. Cependant, il s’agit d’un dispositif différent des casques classiques, car il n’offre aucune protection contre les traumatismes crâniens et est spécialement conçu pour l’oreille.
La protection utilisée par Mateta, qui ressemble davantage à un casque qu’à un véritable casque, a donc un rôle bien spécifique, comme l’explique également le professeur Diego Garbossa, professeur titulaire de neurochirurgie à l’université de Turin et directeur de neurochirurgie à la Città della salute e della Scienza di Torino : « Dans ce cas, nous avons principalement des lésions au niveau de l’oreille et, peut-être, également au niveau de l’os mastoïde et de l’os temporal. Ce casque protège à la fois les parties molles, c’est-à-dire l’oreille reconstruite qui serait autrement exposée à d’autres traumatismes, et les os contre d’éventuelles lésions supplémentaires, en particulier dans les premiers mois suivant la reconstruction. La consolidation doit se faire de manière physiologique, mais elle prend du temps, parfois plusieurs mois. Il est donc très important d’éviter d’autres traumatismes, et c’est précisément à cela que servent ces protections ».
De Cech à Osimhen en passant par Pellegrino : casques et masques— De plus en plus de footballeurs utilisent désormais des protections spéciales et personnalisées, en fonction de leur blessure. Le premier à rester dans les mémoires a été le gardien de but tchèque Petr Cech, qui a porté un casque pendant toute la seconde partie de sa carrière en raison d’une fracture du crâne, puis est venu le « masque » d’Osimhen, et dernièrement, l’attaquant de Parme Mateo Pellegrino a également utilisé un casque similaire à celui des joueurs de rugby : « Ce sont des protections désormais très utilisées dans le sport de compétition », explique le docteur Zenga : « Nous devons toujours garder à l’esprit que ces casques réduisent l’énergie de l’impact, de sorte qu’un traumatisme crânien moyen ou mineur peut être nul, mais ils ne peuvent évidemment rien contre les traumatismes crâniens graves. Ces casques servent principalement à protéger les joueurs contre les traumatismes répétés dans le temps, qui sont l’un des grands problèmes du sport professionnel ».

La protection de Mateta, en revanche, ressemble beaucoup plus au désormais célèbre « masque » utilisé par Osimhen : « Ces dispositifs sont désormais de plus en plus utilisés dans les sports de contact, car ils permettent aux athlètes de revenir sur le terrain plus rapidement et en toute sécurité, poursuit le professeur Garbossa, car nous devons toujours garder à l’esprit que lorsqu’on subit un traumatisme, la consolidation de la fracture prend des mois et qu’il reste toujours un petit point de moindre résistance dans la zone maxillo-faciale exposée aux contacts. À ce niveau, toutes les protections sont très personnalisées en fonction du traumatisme et de la morphologie du joueur : dans certains cas, on porte des « casques » classiques comme ceux des rugbymen, mais en cas de lésions de l’os orbital, comme dans le cas d’Osimhen, ils peuvent devenir de véritables masques. L’objectif est toujours d’éviter que la partie concernée ne subisse de nouveaux traumatismes. Il y a quelques mois, j’ai opéré le gardien de but de la Juventus Primavera, Riccardo Radu, après un grave traumatisme orbito-frontal, et il joue désormais avec un masque encore plus grand que celui d’Osimhen, car il doit protéger une zone plus étendue. Dans le cas de Mateta, pour revenir au début, nous parlons plutôt de la protection d’une zone plus spécifique.