Le snowboardeur est le premier Italien de l’histoire à franchir ce cap : « La première fois, en 2002, c’était vraiment un autre monde. Mon avenir ? Chaque matin à l’étable. Mais peut-être aussi avec une médaille olympique autour du cou »
Le bonheur, c’est l’air froid qui caresse le visage. Sous les pieds, une planche, l’élixir secret d’une jeunesse éternelle. Devant soi, partout, rien que des montagnes. C’est la scène de Roland Fischnaller, qui s’apprête à disputer aux Jeux de Milan-Cortina ses septièmes Jeux olympiques historiques, à 45 ans, devenant ainsi le premier Italien de l’histoire à participer à sept éditions des Jeux olympiques d’hiver.
Roland, il ne reste que quelques jours avant le coup d’envoi des Jeux. Comment te sens-tu ?
« Très bien. Samedi, lors de la Coupe du monde en Slovénie, j’ai décroché une belle deuxième place au photo-finish. Je m’amuse sur ma planche, et c’est ce qui compte le plus. J’ai hâte d’être à Livigno et de disputer ces Jeux olympiques à domicile. »
Quelle émotion ce sera de concourir en Italie ?
« Pour ayant déjà participé aux Jeux de Turin, je sais que ce sera incroyable. On ressent une fierté immense, une joie totale. Et puis je suis ravie du spectacle que nous allons voir à Livigno : avec autant de neige, ce seront les plus beaux Jeux olympiques de ces dernières années. Les images de notre belle Italie feront sans aucun doute le tour du monde ».
Aucun athlète italien ne peut se prévaloir d’autant de participations aux Jeux d’hiver
Ce seront vos septièmes Jeux olympiques. Ce chiffre vous impressionne-t-il ?
« Je suis ravie d’avoir atteint ce cap, mais ce qui me rend le plus fière, c’est de pouvoir dire que j’ai tout donné. Ma mère m’a toujours dit : “Si tu fais quelque chose, tu dois le faire bien, du mieux que tu peux”. Et je peux faire mon introspection et dire que c’est ce que j’ai fait avec le snowboard ».
Quel souvenir gardez-vous de vos premiers Jeux ?
« Nous étions aux États-Unis, à Salt Lake City, il y a 24 ans… Je me souviens d’une foule immense, d’un immense enthousiasme… Ça me semble être un autre monde quand j’y repense aujourd’hui : sans réseaux sociaux, avec une communication complètement différente. Pour moi, c’était ma première grande scène à ce niveau, je n’étais qu’un gamin avec sa planche, porté par l’émotion ».
Et quel conseil aimeriez-vous donner aujourd’hui à ce jeune garçon ?
« Je lui dirais de ne pas se laisser abattre par les imprévus. Je souffrais beaucoup des genoux, je ne savais pas si j’allais pouvoir poursuivre ma carrière très longtemps, et pourtant, nous y voilà. Je lui dirais donc de ne pas trop s’inquiéter ».
Au cours de votre carrière, vous avez presque tout gagné, mais il vous manque un podium olympique, que vous avez frôlé lors des derniers Jeux. Ressentez-vous la pression d’y parvenir maintenant ?
« Non, je suis serein. Je veux profiter de ces Jeux olympiques à domicile et donner le meilleur de moi-même. Je me sens très bien physiquement, donc je mentirais si je disais que je n’ai pas d’objectifs, mais je suis serein ».
Vous avez qualifié l’équipe italienne de « la plus forte de tous les temps ». Qu’est-ce qui vous plaît dans ce groupe ?
« Outre les résultats concrets que cette saison nous offre, je pense qu’il y a énormément de positivité, de respect, d’envie de s’amuser et de bien faire. Le mélange est parfait, il y a de la tension – c’est normal avant les Jeux – mais c’est une belle tension sportive ».
Mes enfants font du snowboard, ils sont très doués sur leur planche
Roland Fischnaller
Snowboardeur italien
Quel est votre rôle au sein de ce groupe ?
« Je me sens un peu comme le capitaine, ou peut-être le grand-père du groupe. J’ai 27 ans de différence avec les plus jeunes et je m’amuse beaucoup avec eux ; s’entraîner ensemble est une source de motivation pour tout le monde, et puis les jeunes m’aident à utiliser les réseaux sociaux, à publier des photos… ».
Comment vous voyez-vous après les Jeux ?
« Comme le paysan typique du Haut-Adige, chaque matin à l’étable, heureux et fier dans ma Val di Funes aux côtés de ma famille. Mais peut-être aussi avec une médaille olympique autour du cou. »
Vos deux enfants, Heidi et Florian, font-ils aussi du snowboard ?
« Oui. Samedi – alors que j’ai terminé deuxième en Coupe du monde – Heidi s’est elle aussi classée deuxième dans sa course ! Ils sont très doués sur leur planche, le talent ne leur manque pas. J’aime surtout qu’ils s’amusent, qu’ils soient en pleine nature et qu’ils apprennent tout ce que ce sport peut leur enseigner ».
Et vous, qu’est-ce que le snowboard vous a appris ?
« Le dévouement, l’engagement, mais aussi le plaisir et la joie de pouvoir réaliser quelque chose de grandiose, au-delà de ses propres rêves ».
Et qu’est-ce que la montagne vous a appris ?
« À rester vigilante. Il faut l’écouter pour comprendre quand elle peut être dangereuse. Quand on sait le reconnaître, c’est une source de joie et de beauté. »