Le nageur a découvert le green grâce au paragolfer, une machine spéciale qui lui permet de frapper et de concourir avec des personnes valides : « J’ai redécouvert mon 1,95 m, c’est un nouveau défi, cela n’enlève rien à la natation, mais je rêve de devenir pro ».

Golfeur par hasard, mais toujours nageur. Manuel Bortuzzo repart du green : en janvier, il fera ses débuts dans un tournoi et recommencera à nager pour viser les Jeux paralympiques de Los Angeles en 2028, où le golf n’est pas encore au programme. En attendant, à Nettuno, il suit également une formation de policier.

Manuel, est-ce vraiment une attraction fatale… ?

« En attendant, je m’entraîne, je ferai mes débuts en 2026. C’est un sport que j’ai toujours aimé, je le regardais à la télévision. Je me suis retrouvé par hasard au Marco Simone. J’ai pris un appartement près du club de golf. Un jour, je vais laver ma voiture à la station-service en face du Marco Simone. Un quadragénaire arrive avec une camionnette blanche, descend précipitamment, je suis même effrayé parce qu’il vient vers moi en courant. « Bonjour, enchanté, je m’appelle Fabrizio Graziani, vous aimez le golf ? » Et moi : « Oui, j’aime bien, mais je n’ai jamais pratiqué ». Il m’a demandé : « Tu as 10 minutes ? » Je lui ai répondu « oui ». Je n’ai pas hésité à monter dans la voiture d’un inconnu, même s’il portait un cordon autour du cou avec l’inscription Marco Simone. Dix minutes plus tard, nous étions sur le terrain, dans une voiturette de la Ryder Cup, la rouge, en train de faire le tour de tous les trous. Il m’a tout expliqué. »

Et ensuite ?

« Le lendemain, Fabrizio m’a présenté le directeur Marco Aquilino, la propriétaire Lavinia Biagiotti, bref, tout l’entourage. »

La fédération vous a équipée d’une voiture spéciale, un paragolfer : où Manuel veut-il aller ?

« Derrière, il y a un projet encore plus grand, qui me dépasse. Avec un entraîneur de Manchester, Mark Taylor, spécialisé dans l’entraînement des jeunes avec le paragolfer, nous introduisons en Italie des choses qui n’existent pas. Ce n’est que le début ».

Avez-vous déjà un caddie et un coach ?

« Mon professeur est Marco Basili et il sera également mon caddie ».

Le golf vous permet de rester debout : des émotions ?

« Je n’ai jamais abandonné l’idée de pouvoir redevenir ce que j’étais. Vu la façon dont je progresse, vu l’évolution de la science, de la médecine et de tout le reste, je suis sûr que tôt ou tard, quelque chose va se passer. Le golf me permet de rester debout pendant de nombreuses heures, les entraînements et les compétitions durent longtemps. Quand je veux, je regarde le terrain, je regarde mon entraîneur, je regarde les gens à côté de moi, je parle, je dialogue avec les personnes debout à ma hauteur : c’est magnifique. Je revois le terrain, je revois tous ces hectares, je les vois depuis mon mètre quatre-vingt-quinze et c’est quelque chose qui n’a pas de prix. »

Cela aura-t-il un impact sur sa natation ?

« Non, le golf ne m’enlève rien : c’est juste un défi, c’est un plus. Le plus beau, c’est que je veux aussi bien jouer au golf. Tu n’as pas ce traumatisme de devoir entrer dans l’eau pour t’entraîner. C’est un sport où tu es beaucoup plus en contact avec les gens, alors qu’à la piscine, dès que tu plonges, tu es seul et tu ne peux demander conseil qu’à ton entraîneur. Au golf, tu as ton caddie à tes côtés. En natation, j’avais besoin de faire une pause, mais je vais reprendre pour viser Los Angeles ».

Retrouvez-vous un autre Manuel sur le green ?

« Ça me fait du bien. Quand la porte se ferme, je plonge dans un autre monde. J’oublie même mon téléphone portable, je vis dans ma propre oasis, avec des gens qui me font du bien. Un autre type d’athlète est en train de naître, il y a une autre personne en moi, et c’est Manuel le golfeur. J’espère que ce défi portera également ses fruits. Ce serait formidable. De la natation, j’apporte le dévouement, l’envie de faire, la compétition, les volumes. Mon entraîneur se fâche quand il voit que je veux déjà être un phénomène. Un athlète apporte l’envie d’être excellent, d’être parfait. Les choses bien faites, la soif, ne pas se contenter : c’est ce que j’apporte de la piscine ».

Phelps avait lui aussi choisi le golf…

« Phelps est fort, vraiment très bon. »

Avez-vous déjà rencontré des personnalités de la Ryder Cup ?

« J’ai la chance de pouvoir m’entraîner sur un tel terrain. Il y a beaucoup de professionnels. Je fais souvent quelques trous avec les gars, car ce qui est génial avec le paragolfer, c’est que je peux jouer tranquillement contre des joueurs valides et des professionnels du golf. Et c’est incroyable. Je fais parfois quelques trous avec les grands et j’accepte tous les conseils, rien que de les regarder est une source d’inspiration : cela me donne envie d’être aussi fort qu’eux à ma manière. »

Vous voyez-vous devenir professionnel ?

« La chance avec ce sport, c’est qu’il n’y a pas de problème d’âge, alors qu’un nageur de 30 ans est déjà vieux. L’objectif pour lequel nous faisons bien les choses est de devenir professionnel, d’être à tous égards un pro qui peut donner son avis. C’est quelque chose que je ressens et que je veux faire : je veux prouver que j’en suis capable ».

Votre idole dans le golf ?

« J’ai grandi en regardant Tiger Woods, c’est lui la légende du golf. Mais bon, il y a beaucoup de golfeurs que j’apprécie, comme Bryson DeChambeau ».

Et votre carrière de policier qui vous attend ?

« Je termine un parcours, un cycle couronné par la médaille paralympique. J’aurai plus de responsabilités. »

La télévision en pâtira-t-elle avec tous ces engagements ?

« J’ai aussi des projets à la télévision et les entraînements n’affectent pas mes autres engagements. La télévision me sert aussi à véhiculer certains messages. Mais le golf fera désormais partie de ma vie. »

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