Trois entraîneurs différents en moins d’une saison n’ont pas résolu les problèmes des Bianconeri et, pour l’instant, Spalletti n’a pas réussi à inverser la tendance. Prochains rendez-vous : Bologne, Rome et Pafos en Ligue des champions : pas droit à l’erreur
C’est un tourbillon « à la Gattopardo » qui empêche la Juventus de relever la tête : tout change pour que rien ne change. Thiago Motta a mis fin à son aventure bianconera à cause d’un football « relationnel » à l’extrême : des rôles fluides et caméléonesques, des formations variables, une série de matchs nuls. Fin mars dernier, c’est parti avec Igor Tudor, ADN bianconero, Ligue des champions décrochée sur un dernier penalty – Locatelli à Venise le 25 mai –, voyage aux États-Unis pour la Coupe du monde des clubs, retour confirmé, mais sentiment de simple passeur jamais dissipé jusqu’aux adieux de fin octobre pour ouvrir les portes de la Continassa à Luciano da Certaldo.
Il y a un fil conducteur qui relie les revirements sur le banc jusqu’à cette triste nuit de Naples : le décollage annoncé ne s’est jamais produit. Et l’Europe qui compte reste une mission toujours en suspens : le championnat, incertain dans ses aspects les plus nobles, se terminera avec un nombre de points au titre plus faible, mais avec un nombre de points pour la Ligue des champions plus élevé. La Juventus est aujourd’hui à des années-lumière du sommet – huit points de retard après quatorze journées font frissonner autant que le froid de Bodo – et assez loin, en termes de qualité et d’imprévisibilité, du reste du peloton qui vise les quatre premières places. Après Naples, on ne meurt pas, mais il y a l’étape de Bologne et le duel au Stadium contre la Roma avant Noël, précédés par le saut en Ligue des champions, demain soir contre les Chypriotes de Pafos : un parcours qui, s’il échoue, peut avoir pour effet de clore déjà les comptes de cette saison, du moins en ce qui concerne le championnat national. Trois entraîneurs, trois solutions en pleine mer et toujours avec le mercato comme boussole déréglée. Un exemple commun ? Le sort de Koopmeiners : incertain avec Motta, incertain avec Tudor et, aujourd’hui, à nouveau incertain avec Spalletti. L’ancien sélectionneur des Azzurri avait débuté avec ce qui semblait être une voie gagnante : le Néerlandais en « ailier bas » pour exploiter sa technique lorsque le jeu doit se construire depuis l’arrière. Un pas en avant, puis un autre, puis l’effondrement dès que le niveau monte et que se profile devant lui la silhouette d’un Neres déchaîné : Koop, à la manière de Maradona, a payé le prix fort pour quelque chose qui, de toute évidence, ne lui appartient qu’en partie.
trois entraîneurs, mêmes problèmes— Trois entraîneurs en une saison, à peine plus, les mêmes problèmes. Nous sommes la Juventus, on joue pour gagner : Motta l’a affirmé, non sans préciser que le nom seul ne mène nulle part. Tudor, qui porte l’histoire bianconera gravée dans la peau, a abordé le sujet avec fermeté dès le début pour en atténuer ensuite le poids : on gagne en progressant. Spalletti n’a pas eu le temps d’entrer dans le vestiaire qu’il s’est présenté, le classement à la main : oui, nous pouvons nous aussi envisager de nous battre pour le titre, tel fut le premier jour de l’ancien sélectionneur à la Continassa. Du 30 octobre à aujourd’hui, ce même classement s’est détérioré et l’équipe n’a pas changé, si ce n’est à quelques moments du match. À Naples, la révolution inattendue : Yildiz et Conceiçao en attaque, pendant une mi-temps et sans jamais pénétrer dans la surface de réparation des joueurs de Conte. Au milieu, la qualité fait défaut aujourd’hui comme il y a un an : Spalletti aimerait trouver sur le marché un meneur de jeu à son image, mais cela ne sera pas facile compte tenu des coûts et des comptes du club. Thuram risque de se révéler à côté de la plaque pour un football fait davantage de passes que d’incursions, David, s’il ne change pas d’attitude, c’est-à-dire de langage corporel, ne changera pas de destin : demain, il devrait reprendre son rôle de numéro neuf, après-demain, qui sait. Openda traverse une période de manque de visibilité et de crédibilité, Zhegrova n’a pas l’énergie nécessaire pour tenir plus de vingt minutes sur le terrain, comme l’a raconté l’entraîneur toscan cette nuit sous le Vésuve.
le message— La balle est dans le camp de Spalletti : Naples a éteint cette flamme d’enthousiasme que trois victoires consécutives avaient alimentée. « Nous n’avons pas réussi à obtenir le résultat que nous voulions, mais nous travaillons dur pour nous améliorer : au cours de ce processus, nous avons besoin de votre soutien et nous vous en remercions », tel le message adressé aux supporters par Kenan Yildiz. « Nous ne dépendons pas de lui », a déclaré Spalletti. En toile de fond, un renouvellement de contrat, une partie encore ouverte mais non sans difficultés : jouer cette carte sans reconnaître le mérite de ce que Yildiz accomplit sur le terrain pourrait s’avérer très dangereux.