L’ancien sélectionneur analyse le match Fiorentina-Juve de samedi prochain : « La Viola a besoin d’une étincelle pour repartir ». Et à propos des algorithmes : « L’homme doit passer avant tout »
« La Fiorentina a besoin d’une étincelle, la Juve a besoin des buts de ses attaquants ». C’est ainsi que Cesare Prandelli décrit le match qui lui tient à cœur : d’un côté, ses six années en tant que joueur bianconero, dont la moitié aux côtés de Michel Platini, de l’autre, ses six saisons (2005-10 et 2020-21) sur le banc de la Viola. « La patte de Spalletti se voit déjà, mais samedi sera difficile et risqué pour la Juve. À Florence, c’est le match de l’année et il n’y a pas de meilleure occasion que celle-ci pour prendre un tournant et commencer à remonter depuis la dernière place », assure l’ancien sélectionneur de l’Italie, vice-championne d’Europe en 2012.
Nous ne sommes qu’en novembre, mais la Juventus et la Fiorentina ont déjà changé d’entraîneur : qu’est-ce qui vous surprend le plus ?
« La Fiorentina est dernière de la Serie A. Vanoli a hérité de Pioli, qui est un grand technicien. Si Stefano n’y est pas parvenu, il y a certainement un problème. Vanoli n’est pas un nouveau venu, j’espère qu’il trouvera rapidement des solutions. »
Quel est le problème de la Juventus ?
« Ces dernières années, elle a probablement cherché d’abord les joueurs, puis les hommes. Et quand c’est le cas, il faut de la chance pour gagner. »
Les algorithmes de Comolli, le nouveau directeur général de la Juventus, vous intriguent-ils ?
« Il faut être curieux, à condition de faire passer l’homme avant les chiffres ou les schémas tactiques. Spalletti, qui est un entraîneur expérimenté et gagnant, le prouve déjà à la Juventus. »
Faites-vous référence à Koopmeiners en défense, la « Spallettata » de la Juventus ?
« Koop a besoin d’espace devant lui, il ne peut pas jouer ailier droit. Luciano est un homme de théâtre et il a de la sensibilité. En effet, après un entraînement, il a reculé le Néerlandais pour l’utiliser comme meneur de jeu supplémentaire. Spalletti a ouvert le terrain à Koopmeiners, il a fait preuve de courage, mais il a surtout été habile. J’imagine moins Koop dans une défense à quatre, mais il ne faut pas se fixer de limites ».

Spalletti a remplacé Tudor et a immédiatement annoncé son envie de se relancer dans la course au titre : trop optimiste ?
« Il entraîne la Juventus, il est normal d’être ambitieux. Ce qui était anormal, c’était d’entendre parler d’une quatrième place dans le passé. Luciano a parlé comme un joueur de la Juve, Boniperti l’aurait apprécié comme entraîneur. Je suis moi aussi convaincu que les Bianconeri peuvent revenir dans la course au titre avec Spalletti ».
Comolli a déclaré que la Juventus dont il est tombé amoureux est celle qui a fourni l’Italie de Bearzot en 1982 : une Signora plus azzurra est-elle encore possible ?
« Oui, mais il faut planifier au niveau du centre de formation, puis ramener quelques Italiens de l’étranger. Si j’étais à la Juventus, je commencerais par Tonali ».
Vlahovic est incertain pour le grand match contre la Fiorentina, l’autre grand ancien Kean est en convalescence : qu’est-ce qui pèse le plus ?
« La Juventus sans Dusan perdrait beaucoup et Spalletti le sait. Kean a besoin de terrain pour être dévastateur : quand il en a, il marque à la chaîne comme la saison dernière ».
Si Vlahovic ne se rétablit pas, vaut-il mieux le remplacer par David (un but), Openda (zéro) ou par un « Spallettata » comme Yildiz, faux numéro neuf à la Totti ?
« Yildiz est très talentueux, mais il n’a pas le sens du but de Francesco. Le Turc est un numéro dix habile au dribble : même s’il a un rythme différent, je le vois plutôt comme Kvara, partant de la gauche dans un 4-3-3. Les équipes de Luciano jouent en fonction des attaquants et marquent beaucoup, la Juve a besoin des buts de ses attaquants. Si Vlahovic ne se rétablit pas, David aurait une belle occasion à saisir. Je le répète, Spalletti a besoin des buts des attaquants pour changer la donne à la Juventus.
Openda n’a pas marqué depuis 7 mois : que feriez-vous pour le débloquer ?
« Le faire jouer plus large pourrait lui enlever la pression du but, mais sept mois, c’est long : le problème est plus psychologique que technique. Spalletti devra trouver les mots justes et des entraînements ciblés. »
Yildiz peut-il être le Sinner de Spalletti ?
« Yildiz est Yildiz, un grand talent. Plutôt que de chercher des Sinner dans le football, nous devrions comprendre comment Jannik est devenu Sinner, un mélange parfait d’équilibre et de détermination. »

Gattuso n’a pas de Sinner. Est-il inquiet pour l’Italie et le risque de rater une autre Coupe du monde après la défaite contre la Norvège ?
« Nous devons tous être inquiets. Je suis d’accord avec Gattuso, en deuxième mi-temps, la peur et la frilosité ont pris le dessus contre la Norvège. Je reste optimiste pour la Coupe du monde ».
Que pensez-vous du télétravail de Conte, qui était à Turin la semaine dernière alors que l’équipe était à Naples ?
« L’entraîneur aide toujours tout le monde, mais qui aide l’entraîneur ? Je suis d’accord avec Antonio, il est normal de faire une pause de temps en temps. Surtout quand on se donne à fond comme lui ».
La Serie A reprend avec le derby de Milan : vos pronostics ?
« Je m’attends à beaucoup de buts ».
La Roma, actuellement en tête, peut-elle rêver du scudetto avec Gasperini ?
« Oui, car l’équipe a déjà assimilé le football de Gasp, ensuite tout dépendra des prochains matchs, des arrivées grâce au mercato et aussi de l’Inter ».